Les 10 interdits auxquelles doit faire face la femme burundaise

La femme Burundaise

Le mois de mars est  dédié à la femme. Tout au long de ce mois, je vous propose une série de réflexions au tour de la femme issue de la société burundaise. Ce premier billet nous fait découvrir quelques interdits au tour de la femme dans la société burundaise archaïque.

Parler d’interdits : du n’importe quoi ! Non ! Pas du tout. C’est plutôt un signe  d’évolution de la société. Selon le mythe de Freud dans « Totem et tabou, l’interdit naquit avec un meurtre du père primitif, cannibalisé par ses fils réunis en horde : la mort du père entraînant la pratique généralisée de l’inceste et le plus grand désordre, les fils décident en commun de condamner et de s’interdire ces pratiques archaïques.

Un pas vers la société bien organisée. Dire que la société burundaise a des interdits, cela montre qu’elle a beaucoup évolué. On a appris au lycée qu’on distingue trois interdits fondamentaux : cannibalisme, inceste et meurtre. A cela s’ajoutent plusieurs autres interdits. Plus particulièrement à la femme burundaise, voici dix interdits impossible à ignorer :

  1. Tomber enceinte avant le mariage

Tomber enceinte ! Hah ! Quelle hécatombe ! Quand on parle de cet acte, c’est revenir dans les cours des Burundais « l’Ingisumanyenzi », gouffre dans le quel on jetait les filles qui tombaient enceintes avant le mariage. Un acte considéré comme une insulte pour la famille, une honte pour les parents, signe qu’elle était mal éduquée… qu’elle était à jeter, à tuer ; elle ne valait rien que l’abandon, la tombe de honte, igisumanyenzi…

Aujourd’hui, les cas de viols se sont multipliées. Quand on a des rumeurs contre la victime et sa famille, c’est que l’on vit encore au rythme de cet interdit. Les filles ne sont plus tuées physiquement, mais moralement, par les rumeurs, si.

  1. Draguer

Une fille qui drague ? C’est incroyable. Depuis longtemps, c’est un devoir pour le garçon de montrer qu’il est capable de convaincre une fille et de gagner sa main, son cœur… Si c’est la fille qui le fait, c’est une insulte aux relations amoureuses. Malgré la timidité de certains garçons et le sérieux de certaines filles, c’est le garçon qui doit proposer et non l’inverse.

Il faut noter aussi que les femmes riches risquent d’être victimes de leur avantage économique, les garçons les séduisant, pouvant le faire pour tirer profit d’elles.

  1. Siffler

Signe de masculinité, siffler est une pratique strictement réservée aux hommes dans la culture burundaise. Celle d’antan ou celle d’aujourd’hui ? Quand je vois encore autour de moi des jeunes filles qui n’osent pas siffler, si non en cachette, c’est que cette coutume tient encore. Depuis longtemps, on considère cet acte comme insolent s’il est effectué par une fille ou une femme. Le plus souvent, cela montre qu’elle a été mal éduquée, et donc, cela implique un échec pour sa famille.

  1. Sauter l’enclos dit « urugo »

Sauter la clôture signifie beaucoup de choses dans la culture burundaise. D’abord, c’est le fait de sauter ; passer au dessus de la clôture. Et là, le problème c’est qu’une fille risque de dévoiler ses parties intimes en tentant d’arriver à l’autre côté de la clôture. Ce qui est défendu. Ensuite, c’est rentrer tard la nuit quand on a déjà fermé le portail ; imyugariro ou imihongero dans le propre du Burundi.

Ce qui signifie que la fille ou la femme n’obéit plus aux ordres de la famille et de la société.  Il faut souligner que dans la société burundaise traditionnelle, chaque famille organisait une garde de l’enclos, à tour de rôle. C’était le rôle des hommes et des garçons adultes de la famille. Si quelqu’un s’approchait de l’enclos, il était tué sur place avec des lances et des gourdins. Une fille qui sauterait la clôture coulait le risque de subir le même sort. Car, le plus dangereux pour la jeune fille sont les raisons que les voisins pourraient imputé à ce saut : la débauche ? l’infidélité ? la délinquence ? l’adultère ? le job ?

  1. Parler directement à son père

Vous n’allez pas le croire. Une jeune fille doit respecter son père et le craindre aussi. C’est ce que nous dit la société. Le respect pour un parent reste une valeur à transmettre. Il faut craindre le parent, et vice versa : ne pas être trop en contact et risquer de provoquer une inceste.

Traditionnellement, si la fille avait un message important à donner à son papa, elle devait passer par la maman qui ensuite acheminait le message au papa. Le papa traitait le cas et donnait la réponse à la maman qui devait le transmettre à l’enfant. Cet ordre était respecté comme cela. Aujourd’hui, cette pratique est de moins en moins utilisée.

  1. Cracher en public

Ça c’est dégelasse ! Voir une fille (même un garçon) cracher en publique, c’est vraiment ridicule, je trouve. La femme burundaise doit conserver sa beauté du corps, d’esprit et de manières. Elle doit éviter tout ce qui risque de changer sa réputation.

Cracher, déféquer, pisser, …, de telles actes déshonorent toute personne qui le fait en public. Il est normale qu’un homme pisse ou crache dans la rue, mais la fille burundaise ne le faisait pas. Même aujourd’hui, il y en a celles qui gardent toujours ces bonnes manières.

  1. Parler en mangeant

Ça aussi ! Parler fourchette dans la bouche, n’est-ce pas une caricature de soi ? Les aliments mâchés dans la bouche ne sont pas bon à voir. Umurundikazi, dans sa dignité, ne serait jamais celle qui se noie dans cette honteuse rivière. Comme cracher en public, manger devait aussi être fait avec discipline.

  1. Prendre la parole en public quand le mari est encore en vie

Ah oui. Un interdit très révoltant. Je suis sûr qu’une femme qui lit ce point va sentir un sentiment de révolte. Elle se dit : « Mais si j’ai à dire… », ou encore «  je peut avoir un argument contraire à celui de mon époux… » etc. Chers amis, c’est comme cela qu’ont grandi nos chères mamans et grand-mères. Souvent, on pouvait donner la parole à son beau-frère ou un autre homme de la famille en présence de la femme plus concernée. « Inkokokazi ntibika isake ihari », une poule ne chante pas en présence d’un coq.

Aujourd’hui, on se bat encore pour l’abolition de cet interdit, mais il revient souvent dans quelques familles.

  1. Se marier sans paiement de la dot

Même si les burundais disent que ne pas payer la dot pour une fille équivaut à son achat, comme certains amis congolais le disent aussi d’ailleurs, la dot reste un honneur pour la famille de la jeune fille.  On réclame toujours sa disparition, mais cette pratique persiste.

Aller se marier sans paiement de la fameuse dot signifie une insolence, une désobéissance, un dénigrement de soi et de sa famille.

  1. S’asseoir jambes écartées

En fin, l’érotisme. Un aspect toujours tabou au Burundi. Tout ce qui va vers exhibitionnisme est interdit surtout pour la femme burundaise. A l’exception d’Inarunyonga, un anti-modèle de la société légendaire de la littérature orale burundaise, aucune femme ne peut oser parler des choses en rapport avec la sexualité. Écarter les jambes signifierait inviter les concubins. Un acte insolent chez la femme ou la fille burundaise.

Aujourd’hui, on peut le voir chez quelques femmes des certains centres urbains mais ça reste minime.

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Rivardo Niyonizigiye
Ecrivain, Poète et activiste culturel. Il est auteur du livre Les Retrouvailles (2014). Il est passionné par la lecture, le théâtre et la culture générale.Il est Licencié en Langue et Littérature Anglaises à l'Université du Burundi.

3 comments on “Les 10 interdits auxquelles doit faire face la femme burundaise

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  2. Alexandrine Holognon

    bel article très révoltant pour une femme. Merci pour le partage.

  3. Je peux dire que ces règles étaient aussi appliquées au Togo jusqu’à une époque récente.
    Dans le fond, c’était des règles de société qui avaient leur sens. Mais de nos jours, il y a une certaine modification à leur apporter.
    D’ailleurs certaines familles continuent de veiller à son application ferme

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